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Le Blog de Clementine
Guides, conseils et astuces pour piloter votre activité avec sérénité.
Benjamin Plateau · 12 min · Dernière mise à jour le

Résumé de l’article
Une immobilisation est un bien ou un droit utilisé durablement par l’entreprise et inscrit à l’actif du bilan, contrairement aux charges consommées rapidement.
Les immobilisations se répartissent en trois catégories : corporelles, incorporelles et financières, chacune répondant à des règles comptables spécifiques.
Lors de leur acquisition, les immobilisations doivent être correctement évaluées, comptabilisées et suivies dans un registre dédié.
L’amortissement permet de répartir le coût d’une immobilisation sur sa durée d’utilisation et d’en constater progressivement la perte de valeur.
La cession ou la dépréciation d’une immobilisation nécessite des traitements comptables particuliers pour refléter fidèlement sa valeur dans les comptes de l’entreprise.
Vous avez investi dans du matériel informatique, un véhicule ou un logiciel pour votre entreprise ? Ces dépenses ne sont pas de simples charges : elles constituent des immobilisations comptables, inscrites à l'actif du bilan et amorties progressivement sur leur durée de vie. Pourtant, la distinction entre charge et immobilisation reste l'une des erreurs les plus fréquentes en comptabilité.
Quels sont les trois types d'immobilisations ? Quelles règles comptables s'appliquent à leur comptabilisation et à leur amortissement comptable ? Comment les céder correctement depuis la réforme du PCG 2025 ? Vous découvrirez toutes les réponses dans ce guide complet.
Une immobilisation comptable est une ressource (= un actif) que l'entreprise utilise de façon durable dans le cadre de son activité, c'est-à-dire sur une durée supérieure à un exercice comptable. Elle intègre l'actif du bilan en classe 2 du Plan Comptable Général (PCG) et fait partie du patrimoine de l'entreprise.
Pour être reconnu comme tel, un actif doit répondre à trois critères cumulatifs définis à l'article 212-1 du PCG :
L'actif est contrôlé par l'entreprise, qui en tire les avantages économiques ;
Il est probable que les avantages économiques futurs associés iront à l'entreprise ;
Le coût de l'actif est évalué de façon fiable.
L'immobilisation se distingue de l'actif circulant (stocks, créances clients) qui, lui, a vocation à être vendu ou encaissé dans un délai court. Elle peut avoir une substance physique (machine, véhicule) ou en être dépourvue (logiciel, brevet) : on parle alors d'actif physique ou d'actif immatériel.
💡 À savoir : le PCG ne fixe aucun seuil officiel de valeur pour définir une immobilisation. C'est la notion d'utilisation durable qui prime, pas le prix. Fiscalement cependant, les biens d'une valeur unitaire inférieure à 500 € HT peuvent être passés directement en charges sans obligation d'immobilisation. C'est une tolérance pratique très utilisée par les PME en gestion d'entreprise.
C'est l'une des questions les plus fréquentes en comptabilité, et l'une des erreurs les plus courantes chez les entrepreneurs. La principale condition est la suivante : si le bien sert l'activité sur du long terme, c'est-à-dire sur plus d'un exercice comptable, c'est une immobilisation ; s'il est consommé immédiatement ou sur une courte période, c'est une charge.
Le seuil fiscal de 500 € HT joue un rôle clé dans cette décision. En pratique, les entreprises individuelles comme les PME passent directement en charges les achats de faible valeur pour simplifier leur gestion interne et alléger la tenue du registre des immobilisations. Voici comment appliquer ces règles comptables :
💡 À savoir : un abonnement SaaS est une comptabilisation en charge même si vous l'utilisez sur plusieurs années, car vous n'en avez pas la propriété et il ne figure pas dans le patrimoine de votre entreprise.
Les immobilisations corporelles sont des actifs physiques utilisés durablement dans l'activité. Ce sont les biens que vous pouvez voir et toucher : machines, véhicules, bâtiments, outillage.
Elles s'inscrivent dans les comptes de classe 21 du PCG et font généralement l'objet d'un amortissement, à l'exception notable des terrains qui, ne se dégradant pas avec le temps, ne s'amortissent jamais.
Les principaux exemples sont :
Terrains et constructions : bâtiments professionnels, entrepôts, bureaux ;
Matériel industriel et outillage : machines de production, équipements spécifiques ;
Matériel informatique : ordinateurs, serveurs, imprimantes ;
Mobilier et agencements : bureaux, étagères, aménagements intérieurs ;
Véhicules et moyens de transport : voitures de société, camionnettes, engins.
Les immobilisations incorporelles sont des actifs sans substance physique, identifiables et détenus durablement. Moins visibles que les actifs corporels, ils constituent souvent une part importante du patrimoine, notamment pour les entreprises innovantes ou numériques.
Elles s'inscrivent dans les comptes de classe 20 du PCG. Voici les principaux types avec leur compte d'immobilisation associé :
Fonds de commerce (compte 207) : clientèle, achalandage, enseigne, notoriété ;
Brevets, licences, marques (compte 205) : droits de propriété industrielle ;
Logiciels acquis (compte 205) : progiciels, applications métier achetés auprès d'un tiers ;
Droit au bail (compte 206) : indemnité versée au locataire sortant lors d'une reprise de local commercial ;
Frais de recherche et développement (compte 203) : si les critères de comptabilisation à l'actif sont remplis ;
Frais d'établissement : frais de constitution, premier établissement ;
💡 À savoir : depuis le 1ᵉʳ janvier 2025 (réforme PCG, règlement ANC n° 2022-06), les frais d'établissement ne sont plus classés parmi les immobilisations incorporelles. Ils constituent désormais une ligne distincte à l'actif du bilan.
Les immobilisations financières regroupent les actifs financiers que votre entreprise détient durablement, sur une durée supérieure à un an. Elles s'inscrivent dans les comptes de classe 26 et 27 du PCG.
Les principaux types sont :
Titres de participation (compte 261) : les titres de participation sont des actions détenues dans une autre société dans un objectif de contrôle ou d'influence, représentant une partie de son capital ;
Prêts accordés à plus d'un an (compte 274) ;
Dépôts et cautionnements versés (compte 275) : caution de bail professionnel, dépôt de garantie fournisseur ;
Créances rattachées à des participations (compte 267).
Particularité essentielle : les immobilisations financières ne s'amortissent pas. En revanche, elles peuvent faire l'objet de provisions pour dépréciation si leur valeur baisse durablement, constatant ainsi la perte de valeur au bilan.
L’évaluation d’une immobilisation au bilan dépend directement de son mode d'acquisition ou de production. Il n'existe pas une seule méthode mais quatre, selon les circonstances.
*La valeur s'exprime HT si l'entreprise récupère la TVA, TTC dans le cas contraire (franchise en base, exonération de TVA).
Dans le cas le plus courant, l'acquisition d'une immobilisation à titre onéreux, les frais d'acquisition à intégrer dans la valeur d'entrée sont :
Frais de transport et de livraison ;
Frais d'installation et de montage ;
Droits de douane pour les biens importés ;
Honoraires d’un prestataire externe directement liés à l'acquisition (frais d'acte notarié, frais juridiques, etc.).
Sont en revanche exclus de la valeur d'entrée : les frais administratifs généraux, les frais de formation du personnel pour utiliser le bien, et les frais d'ouverture d'une nouvelle installation.
La comptabilisation d'une immobilisation suit un traitement comptable en deux temps : l'enregistrement de la facture fournisseur, puis le règlement. Chaque écriture mobilise des comptes de classe distincts selon la nature du bien et la récupération ou non de la TVA.
Exemple concret : achat d'un ordinateur 1 200 € HT, TVA à 20 % récupérable, réglé par virement bancaire.
Écriture 1 - Enregistrement de la facture d'achat :
Écriture 2 - Règlement de la facture :
L'écriture comptable d'immobilisation suit toujours le même schéma, quel que soit le bien concerné. Seul le numéro du compte d'immobilisation change selon la catégorie : 211 pour un terrain, 213 pour une construction, 2183 pour du matériel de bureau, 2051 pour un logiciel acquis.
La comptabilisation des immobilisations ne se limite pas aux écritures. Toute entreprise est tenue de tenir un registre des immobilisations, parfois appelé tableau des immobilisations.
Ce registre est le document central de la gestion des immobilisations : il récapitule, bien par bien, toutes les informations nécessaires au suivi et au contrôle fiscal. Il doit contenir pour chaque bien :
La désignation précise de l'immobilisation ;
La date d'acquisition ou de création ;
La valeur d'origine (HT ou TTC selon la récupération de TVA) ;
Le mode et la durée d'amortissement retenus ;
Les dotations aux amortissements de l'exercice en cours ;
Les amortissements cumulés antérieurs ;
La valeur nette comptable (VNC) ;
La date et le prix de cession éventuelle.
💡 À savoir : la tenue du registre des immobilisations est une obligation légale (article 99 du CGI pour les BNC). Pour les BIC et les sociétés (comme la SASU), le tableau des immobilisations et des amortissements fait partie de la liasse fiscale annuelle (formulaires 2054 et 2055). Un logiciel comptable certifié garantit la fiabilité et l'intangibilité de ces données face à l'administration fiscale.
L'amortissement comptable est la constatation comptable et systématique de la perte de valeur irréversible qu'une immobilisation subit au fil du temps, du fait de l'usure, de l'obsolescence ou du simple écoulement du temps. Il permet de répartir le coût du bien sur l'ensemble de sa durée de vie économique.
La base amortissable correspond à la valeur brute de l'immobilisation diminuée de sa valeur résiduelle. La dotation aux amortissements constitue par ailleurs une obligation légale : l'article 39 B du CGI impose un amortissement minimal annuel. Une immobilisation ne peut pas rester sans amortissement, faute de quoi l'administration fiscale reconstitue le montant qui aurait dû être constaté.
💡 À savoir : la valeur résiduelle est le montant que l'entreprise s'attend à récupérer à la fin de la durée d'utilisation du bien, après déduction des frais de cession. Pour un ordinateur ou une machine standard, elle est généralement estimée à zéro : le bien n'aura plus de valeur marchande en fin de vie. En revanche, pour un véhicule de société ou un immeuble, la valeur résiduelle peut être significative et doit alors être soustraite du coût d'acquisition pour calculer la base amortissable réelle.
La méthode linéaire est la méthode de droit commun, applicable à tous les biens. Elle répartit la valeur comptable du bien en annuités constantes sur toute sa durée de vie.
Formule : Annuité = (Valeur brute × Taux d'amortissement) × Prorata temporis
Le prorata temporis s'applique la première et la dernière année, selon le nombre de mois entre la mise en service (et non à la date de facturation) et la clôture de l'exercice.
Les durées d'usage retenues par l'administration fiscale varient selon la nature du bien. Voici les références les plus courantes pour établir votre plan d'amortissement :
La politique d'amortissement doit être cohérente d'un exercice à l'autre et doit faire l’objet d’une mention dans l'annexe aux comptes.
Exemple concret : véhicule utilitaire acquis le 1ᵉʳ avril N pour 20 000 € HT, amorti sur 5 ans au taux de 20 %.
Annuité N (9 mois de prorata) : 20 000 × 20 % × 9/12 = 3 000 €
Amortissements N+1 à N+4 (année pleine) : 20 000 × 20 % = 4 000 € chacun
Annuité N+5 (3 mois de prorata) : 20 000 × 20 % × 3/12 = 1 000 €
Amortissement total : 3 000 + (4 000 × 4) + 1 000 = 20 000 € ✓
Ce plan d'amortissement est établi dès l'entrée du bien dans le registre des immobilisations et sert de référence pour chaque clôture d'exercice.
💡 À savoir : pour les véhicules de tourisme, un plafond fiscal limite la base amortissable selon les émissions de CO₂, quel que soit le prix d'achat réel. La fraction du coût d'acquisition excédant ces plafonds est réintégrée fiscalement chaque année. Ces véhicules font également l'objet de taxes sur les véhicules de société (ex-TVS).
L'amortissement dégressif est une méthode optionnelle réservée aux biens neufs dont la durée d'utilisation est d'au moins 3 ans et qui entrent dans les catégories éligibles définies à l'article 39 A du CGI. Son avantage : permettre des déductions fiscales plus importantes en début de vie du bien, ce qui améliore la trésorerie des premières années d'activité.
Biens éligibles : matériels et outillages industriels, matériels informatiques, certains équipements de production d'énergie renouvelable.
Investissements non éligibles : véhicules de tourisme (VP), biens d'occasion, constructions.
Le taux d'amortissement dégressif s'obtient en multipliant le taux linéaire par un coefficient fixé selon la durée du bien :
La base de calcul diminue chaque année (valeur résiduelle et non valeur brute). Lorsque l'annuité dégressive devient inférieure à l'annuité linéaire résiduelle, l'entreprise bascule automatiquement en linéaire pour les dernières années.
À la différence de l'amortissement linéaire qui part de la date de mise en service, l'amortissement dégressif débute le premier jour du mois d'acquisition du bien. Ce décalage peut s'avérer avantageux fiscalement si le bien est acquis en fin de mois.
💡 À savoir : il existe une troisième méthode d'amortissement, la méthode par composants. Elle s'applique aux immobilisations complexes dont les éléments ont des durées de vie significativement différentes (un immeuble professionnel par exemple). Chaque composant (structure, toiture, aménagements) est alors amorti séparément selon sa propre durée d'utilisation.
L'amortissement constate une perte de valeur irréversible et prévisible (usure normale, obsolescence programmée). La dépréciation, elle, constate une perte de valeur réversible et conjoncturelle : chute du marché, arrêt d'utilisation, sinistre partiel, etc.
Elle est comptabilisée à chaque clôture si la valeur actuelle du bien devient inférieure à sa valeur nette comptable :
Dotation : Débit 6816 / Crédit 29xx (provision pour dépréciation de l'immobilisation) ;
Reprise : Débit 29xx / Crédit 7816 (si la valeur se redresse).
Un bien immobilisé peut quitter le bilan comptable de l'entreprise de deux manières :
S'il est vendu à un tiers, c'est une cession d'immobilisation. La cession peut générer une plus-value (prix de vente > VNC) ou une moins-value (prix de vente < VNC) selon le prix obtenu ;
S'il est mis au rebut (car trop ancien, hors service ou obsolète), il est simplement retiré des comptes sans contrepartie financière.
Dans les deux cas, la sortie du bien nécessite des écritures comptables pour solder à la fois la valeur brute et les amortissements cumulés.
💡 À savoir : depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, les comptes de cession ont changé. La plus-value ou la moins-value n'est plus enregistrée en résultat exceptionnel (comptes 675 et 775) mais en résultat courant : le produit de cession passe désormais au compte 757 et la valeur nette comptable au compte 657.
Rédigé par :
Fort de 8 ans d’expérience en gestion comptable et management, Benjamin partage sa vision opérationnelle pour optimiser les processus et la performance des organisations.
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