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Benjamin Plateau · 7 min · Dernière mise à jour le

Résumé de l’article
La banqueroute est un délit pénal qui sanctionne certains actes frauduleux commis par un dirigeant ou un entrepreneur dans le cadre d’un redressement ou d’une liquidation judiciaire.
Elle se distingue de la simple faillite, de l’abus de biens sociaux et de l’escroquerie par son contexte spécifique et la nécessité d’une procédure collective.
Plusieurs comportements peuvent caractériser la banqueroute, notamment le détournement d’actifs, l’augmentation frauduleuse du passif, la tenue d’une comptabilité fictive ou la disparition de documents comptables.
Les juges distinguent la banqueroute d’une simple erreur de gestion en recherchant l’existence d’actes précis et une intention frauduleuse du dirigeant.
La banqueroute est passible de lourdes sanctions, pouvant aller jusqu’à 5 ans d’emprisonnement, 75 000 € d’amende et une interdiction de gérer une entreprise.
La faillite d’une entreprise ne constitue pas, à elle seule, une infraction. Un dirigeant peut rencontrer des difficultés financières ou commettre des erreurs de gestion sans enfreindre la loi. La banqueroute intervient en revanche lorsque ces difficultés s’accompagnent d’actes frauduleux dans le cadre d’une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire.
Détournement d’actifs, comptabilité fictive, dissimulation de documents : la banqueroute est sévèrement sanctionnée par le Code de commerce. Qui peut être poursuivi, quels actes caractérisent ce délit et quelles sanctions encourt un dirigeant ? Voici ce qu’il faut savoir.
La banqueroute est un délit pénal qui peut être retenu à l’encontre d’un dirigeant ou d’un entrepreneur lorsqu’il est établi, dans le cadre d’une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire, qu’il a commis certains comportements frauduleux définis par la loi.
Elle ne doit pas être confondue avec la faillite économique ou la simple cessation des paiements (ou “dépôt de bilan”) : la banqueroute suppose l’existence d’une procédure collective et la caractérisation ultérieure d’actes répréhensibles commis avec une intention frauduleuse.
Ce délit peut concerner différentes catégories de personnes impliquées dans la gestion d’une activité économique :
les commerçants et artisans ;
les agriculteurs ;
toute personne physique exerçant une activité professionnelle indépendante (y compris les professions libérales) ;
toute personne qui a, directement ou indirectement, en droit ou en fait, dirigé ou liquidé une personne morale de droit privé ;
les personnes physiques qui sont les représentants permanents de sociétés dirigeant d’autres sociétés.
La banqueroute est souvent confondue avec d’autres infractions, comme l’abus de biens sociaux ou l’escroquerie. Pourtant, ces délits répondent à des logiques juridiques différentes et ne s’appliquent pas dans les mêmes contextes.
L’abus de biens sociaux (ABS) consiste pour un dirigeant de société commerciale à utiliser, de mauvaise foi, les biens, le crédit ou les pouvoirs de l’entreprise à des fins personnelles ou pour favoriser une autre société dans laquelle il a un intérêt direct ou indirect. Il s’agit donc d’un détournement des ressources de la société, contraire à l’intérêt social.
La distinction fondamentale réside dans le contexte d’infraction :
L’abus de biens sociaux peut être commis à tout moment de la vie de l’entreprise, y compris lorsque celle-ci est parfaitement solvable.
La banqueroute suppose l’existence d’une procédure collective (redressement ou liquidation judiciaire) et intervient dans un contexte de difficultés financières avérées.
Autrement dit, l’ABS sanctionne un mauvais usage des ressources au détriment de la société elle-même, tandis que la banqueroute sanctionne une fraude dans une entreprise en difficulté.
L’escroquerie est une infraction pénale consistant à tromper une personne physique ou morale afin de l’amener à remettre des fonds, des biens ou à fournir un service.
Elle repose sur des manœuvres frauduleuses, telles que :
l’usage de faux documents ;
la mise en scène de fausses promesses ;
ou l’usurpation d’identité ou de qualité.
La banqueroute concerne la gestion frauduleuse d’une entreprise en difficulté, tandis que l’escroquerie vise la tromperie d’une victime extérieure pour obtenir un avantage.
De plus, la banqueroute est un délit de « fonction » (il faut être dirigeant), tandis que l’escroquerie peut être commise par n’importe qui et n’est pas liée à l’état de santé financière d’une entreprise.
La loi (article L654-2 du Code de commerce) identifie cinq comportements précis. Il s’agit du détournement d’actif, de l’augmentation du passif, de l’usage de moyens ruineux, de la fraude comptable et de la disparition de documents.
Voyons en détail ce que cachent ces termes juridiques.
Il s’agit pour le dirigeant de « faire disparaître » des éléments du patrimoine de l’entreprise qui auraient dû servir à payer les créanciers.
Cela peut être le transfert de fonds sur un compte personnel, la vente d’un véhicule de société à un prix dérisoire à un proche, ou encore le fait de cacher du stock juste avant l’inventaire du liquidateur.
Le dirigeant fait apparaître des dettes qui n’existent pas. Il peut, par exemple, reconnaître de fausses dettes envers des complices ou des membres de sa famille pour éviter que les véritables créanciers ne soient payés sur le peu d’argent restant. En simulant ces dettes, il dilue le remboursement des créanciers légitimes.
Il s’agit ici de tenter de maintenir l’activité en utilisant des procédés qui vont inévitablement aggraver la situation de l’entreprise. Par exemple :
contracter des emprunts à des taux usuraires ;
effectuer des achats massifs de marchandises à crédit pour les revendre immédiatement au-dessous du coût de revient afin d’obtenir des liquidités rapides.
La loi sanctionne lourdement l’absence de transparence. Sont visés :
L’absence totale de comptabilité alors que la loi l’impose.
La tenue d’une comptabilité manifestement incomplète ou irrégulière (par exemple, des recettes non enregistrées ou des factures manquantes).
La tenue d’une comptabilité « fictive », c’est-à-dire qui ne reflète pas la réalité des opérations de l’entreprise.
Ici, on sanctionne le fait de soustraire, de cacher ou de détruire volontairement les livres de compte, les factures ou les bilans pour empêcher le mandataire judiciaire ou le juge d’analyser la gestion réelle de la société.
C’est ici que se joue l’avenir du dirigeant. La frontière entre un mauvais choix stratégique et un délit pénal repose sur deux piliers :
L’erreur de gestion est souvent une faute d’imprudence : une mauvaise étude de marché, une embauche trop précoce ou une gestion trop optimiste de la trésorerie. La banqueroute, elle, nécessite un acte matériel concret parmi les cinq cités plus haut.
Une simple erreur, même grave, ne peut être qualifiée de banqueroute sans l’un de ces faits.
C’est le critère décisif. Le juge cherche à savoir si le dirigeant a agi de mauvaise foi, il analyse le comportement du dirigeant et pas seulement les pertes financières.
Dans l’erreur de gestion, le dirigeant s’est trompé en pensant bien faire.
Dans la banqueroute, le dirigeant a conscience que ses actes nuiront aux créanciers ou qu’ils visent à son enrichissement personnel. C’est la preuve de cette volonté de nuire ou de tricher qui transforme le gestionnaire en délinquant.
Le code de commerce prévoit des sanctions différentes selon la situation :
La personne reconnue coupable de banqueroute peut être condamnée à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende.
S’il s’agit du dirigeant d’un prestataire de services d’investissement, les peines peuvent aller jusqu’à 7 ans d’emprisonnement et 100 000 € d’amende.
Il est également important de savoir que les personnes reconnues coupables encourent également d’autres condamnations : l’interdiction de gérer une entreprise, l’exclusion des marchés publics pour une durée de cinq ans ou encore la déchéance des droits civiques.
💡 À savoir : le délai de prescription est de 6 ans. Attention, le point de départ de ce délai est souvent fixé au jour du jugement d’ouverture de la procédure collective, ou au jour où les faits de banqueroute ont été découverts s’ils ont été dissimulés.
La banqueroute ne sanctionne pas l’échec d’une entreprise, mais les comportements frauduleux commis dans un contexte de difficultés financières. Toute la différence réside donc dans l’intention du dirigeant et dans les actes réalisés au cours de la procédure collective.
Les commerçants, artisans, agriculteurs, indépendants et dirigeants de société peuvent être poursuivis pour banqueroute lorsqu’une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire est ouverte et que des actes frauduleux sont constatés.
La banqueroute est punie de 5 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende. Les sanctions peuvent atteindre 7 ans de prison et 100 000 € d’amende dans certains cas, avec une possible interdiction de gérer une entreprise.
Rédigé par :
Fort de 8 ans d’expérience en gestion comptable et management, Benjamin partage sa vision opérationnelle pour optimiser les processus et la performance des organisations.
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