Résumé de l’article
- Le plan de trésorerie prévisionnel permet d’anticiper les entrées et sorties d’argent pour éviter les difficultés financières.
- Il recense les encaissements et les décaissements au mois de leur règlement effectif, en tenant compte de la TVA.
- Sa construction repose sur plusieurs étapes : renseigner le solde initial, intégrer les flux prévus et calculer le solde cumulé.
- Une mise à jour régulière permet de repérer les risques de trésorerie et d’adapter ses décisions financières.
- Excel, Google Sheets et les logiciels de comptabilité permettent de créer et de suivre son plan de trésorerie.
Un solde bancaire positif aujourd’hui ne suffit pas à garantir l’équilibre financier de demain. Sans visibilité sur les flux à venir, chaque fin de mois peut devenir une source de tension, parfois sans signal d’alerte. Le plan de trésorerie prévisionnel permet d’anticiper ces déséquilibres avant qu’ils ne deviennent critiques.
Comment l’établir ? Quels éléments y intégrer ? Quelles erreurs peuvent fausser vos prévisions ? Vous découvrirez dans ce guide la méthode pas à pas pour construire et piloter votre plan de trésorerie prévisionnel avec précision.
Qu’est-ce qu’un plan de trésorerie prévisionnel ?

Définition et rôle du plan de trésorerie
Le plan de trésorerie prévisionnel est un tableau financier qui recense, mois par mois, l’ensemble des encaissements (entrées d’argent) et des décaissements (sorties d’argent) attendus sur une période donnée. Il couvre généralement les 12 premiers mois d’activité, parfois 24 à 36 mois pour un suivi à moyen terme.
Contrairement au relevé bancaire, qui ne retrace que les opérations passées, cet outil intègre les flux futurs.
💡 À savoir : le plan de trésorerie prévisionnel fait partie des 4 tableaux indispensables du business plan financier, aux côtés du compte de résultat prévisionnel, du plan de financement initial et du plan de financement à 3 ans.
Plan de trésorerie et compte de résultat prévisionnel : quelles différences ?
Ces deux documents sont souvent confondus, pourtant ils ne répondent pas aux mêmes questions. Le compte de résultat prévisionnel mesure la rentabilité de l’entreprise : il enregistre les produits et les charges hors taxes, à la date de facturation, quelle que soit la date de règlement. Le plan de trésorerie, lui, mesure la liquidité : il suit les flux réels en TTC, dans le mois où l’argent entre ou sort effectivement du compte bancaire.
Autre différence importante : les amortissements figurent dans le compte de résultat en tant que charge comptable, mais ils n’apparaissent pas dans le plan de trésorerie puisqu’ils ne génèrent aucun flux d’argent.
À l’inverse, un investissement est inscrit dans le plan de trésorerie au moment de son paiement réel, et non étalé dans le temps comme dans le compte de résultat.
Enfin, la TVA est exclue du compte de résultat mais intégrée dans les flux du plan de trésorerie, qui raisonne toujours en TTC.
C’est précisément cet écart qui piège de nombreux entrepreneurs. Une entreprise peut afficher un résultat positif (donc être rentable sur le papier) tout en se retrouvant en difficulté de trésorerie si ses clients règlent leurs factures avec 60 jours de décalage.
Pourquoi établir un plan de trésorerie prévisionnel ?
Anticiper les tensions et prendre des décisions éclairées
Le plan de trésorerie prévisionnel ne sert pas uniquement à rassurer un banquier. En entreprise, il constitue un outil pour la gestion et le pilotage financier au quotidien. Il permet de visualiser les points bas de trésorerie (ces moments où les décaissements dépassent les encaissements) avant qu’ils ne surviennent, et d'agir en conséquence.
Ce suivi mois par mois permet également d’anticiper ses flux et de mesurer l'impact du besoin en fonds de roulement (BFR) sur la trésorerie. Plus le délai de paiement clients est long et le délai fournisseurs court, plus le BFR pèse sur les liquidités disponibles.
La rigueur de ce suivi est loin d’être anecdotique. Selon la Banque de France, 68 564 défaillances d’entreprises ont été enregistrées en France en 2025, un niveau record. Une part significative de ces situations résulte de tensions de trésorerie non anticipées.
Un document exigé par les banques et les partenaires financiers
Le plan de trésorerie prévisionnel n’est pas légalement obligatoire pour créer une entreprise et ce quel que soit le statut juridique choisi. Aucun texte n’impose sa production lors de l’immatriculation. En revanche, il est systématiquement exigé dans la pratique par :
- Les banques lors d’une demande de financement ou d’emprunt ;
- Bpifrance lors d’une demande de prêt ou de garantie ;
- Les investisseurs et business angels lors d’une levée de fonds ;
- Les dispositifs d'aide à la création (ADIE, BGE, France Active).
Sa qualité conditionne directement la crédibilité du projet aux yeux des partenaires financiers.
Au-delà de la création, cet outil devient une obligation légale dès lors qu’une entreprise entre en procédure collective.
💡 À savoir : le plan de trésorerie prévisionnel est explicitement mentionné par le Code de commerce. L'article D626-13 prévoit qu’il peut être joint au dossier dans le cadre d’un plan de sauvegarde ou de redressement.
Quels sont les éléments d’un plan de trésorerie ?

Les encaissements
Les encaissements regroupent toutes les entrées d’argent réellement perçues au cours du mois. Un encaissement n’est pas une vente : c’est un règlement effectivement reçu sur le compte bancaire. Les sommes à inscrire dans cette colonne sont les suivantes :
- Ventes de marchandises ou prestations de services (chiffre d’affaires TTC) ;
- Apports en capital ou en compte courant d’associé ;
- Déblocage d’un emprunt bancaire ;
- Subventions, aides ou primes perçues ;
- Cessions d’actifs ;
- Remboursements de TVA reçus de la DGFiP ;
- Produits financiers.
Les décaissements
Les décaissements regroupent toutes les sorties d’argent (dépenses) effectivement payées au cours du mois. Là encore, c’est la date de paiement réel qui prime, pas la date de la facture reçue. Les sommes à inscrire dans cette colonne sont les suivantes :
- Achats de marchandises et matières premières (TTC) ;
- Charges d’exploitation : loyers, énergie, assurances, abonnements ;
- Salaires nets versés aux salariés ;
- Cotisations sociales patronales et salariales ;
- TVA nette à reverser à la DGFiP (TVA collectée − TVA déductible) ;
- Remboursements d’emprunt (capital + intérêts) ;
- Investissements au moment de leur paiement effectif ;
- Impôts et taxes : IS, CFE, taxe foncière ;
- Dividendes versés aux associés.
Les charges à paiement non mensuel (assurance annuelle, CFE, acomptes d’IS) doivent être inscrites dans le mois de leur décaissement réel, même si elles sont dues une seule fois dans l’année.
Le solde, le BFR et l’équilibre de trésorerie
Une fois les encaissements et les décaissements recensés, deux calculs permettent de mesurer l’équilibre :
Solde du mois = Total encaissements du mois − Total décaissements du mois
Solde de fin de mois = Solde du mois + Solde reporté du mois précédent
Ce solde cumulé ne doit jamais être négatif : il signalerait un risque de cessation de paiements. C’est précisément l’intérêt du plan de trésorerie que d’identifier ces points bas à l’avance : un solde négatif prévu en mars doit déclencher une action corrective dès janvier.
Comment établir un plan de trésorerie prévisionnel ?
Les étapes de construction du tableau
Pour construire le plan, commencez par renseigner le solde bancaire réel en début de période, c’est le point de départ de toute la mécanique.
Positionnez ensuite chaque flux dans le mois de son règlement effectif, en respectant les délais de paiement de vos clients et fournisseurs. Inscrivez systématiquement les montants en TTC, y compris la TVA nette à reverser à la DGFiP dans le mois de son décaissement réel.
Calculez enfin le solde mensuel puis le solde cumulé mois par mois. Repérez les points bas : ce sont eux qui appellent une décision corrective avant que la difficulté ne se concrétise.
Respecter le principe des décalages de paiement
C’est le principe fondateur du plan de trésorerie : chaque flux doit être inscrit dans le mois de son règlement effectif, et non dans celui de la facturation. Une vente réalisée en janvier ne génère un encaissement qu’au moment où le client paie réellement.
Exemple concret : une SARL réalise une vente de 12 000 € HT (14 400 € TTC) en janvier, payable à 60 jours. Cette somme n’apparaît pas dans les encaissements de janvier, ni dans ceux de février : elle est inscrite dans la colonne de mars. De la même manière, un achat fournisseur de 6 000 € TTC réalisé en mars avec un règlement à 30 jours sera enregistré dans les décaissements d’avril, pas en mars.
Ce décalage entre la date de facture et la date de paiement est la source numéro un des tensions de trésorerie imprévues. Une entreprise peut afficher un carnet de commandes plein et se retrouver en difficulté de trésorerie simplement parce que ses clients règlent leurs factures avec 60 jours de retard.
Le traitement de la TVA dans le plan de trésorerie
Tous les encaissements et décaissements sont inscrits en TTC dans le plan de trésorerie. La TVA est donc intégrée dans chaque flux, contrairement au compte de résultat qui raisonne hors taxes.
La TVA nette à payer, soit la TVA collectée sur les ventes diminuée de la TVA déductible sur les achats, est inscrite séparément en décaissement, dans le mois de son versement réel à la DGFiP :
- Au régime réel normal (déclaration mensuelle) : la TVA de janvier est versée en février ;
- Au régime réel simplifié (déclaration trimestrielle) : la TVA du premier trimestre est versée en avril.
Exception : les entreprises en franchise en base de TVA (article 293 B du CGI) inscrivent leurs flux en TTC comme les autres. La seule différence : elles n’ont pas de TVA nette à décaisser. Il n’y a donc pas de ligne TVA à reverser à la DGFiP dans leur plan de trésorerie.
💡 À savoir : inscrire les montants HT au lieu de TTC est l’erreur la plus fréquente dans la construction d’un plan de trésorerie. Elle sous-estime les décaissements réels et fausse le solde de trésorerie dès le premier mois.
Comment analyser et suivre son plan de trésorerie ?
Que faire si le solde est négatif ?
Si le plan révèle un problème de trésorerie à venir, il n’est pas trop tard pour agir. Un solde cumulé négatif n’est pas une fatalité, à condition de l’avoir anticipé. Plusieurs leviers permettent de rétablir l’équilibre :
- Augmenter les fonds propres : apport en capital complémentaire ou versement en compte courant d’associé ;
- Réduire les délais de règlement clients : relances proactives, escompte de règlement ;
- Allonger les délais fournisseurs : négocier des conditions à 45 ou 60 jours ;
- Mobiliser un crédit de trésorerie : découvert bancaire autorisé, affacturage, escompte ou cession Dailly ;
- Demander un délai de paiement fiscal ou social auprès de l’URSSAF ou de la DGFiP en cas de difficulté passagère.
Ces ajustements agissent directement sur le besoin en fonds de roulement. Plus l’écart entre les délais clients et les délais fournisseurs se réduit, moins la trésorerie est sous pression.
À quelle fréquence mettre à jour le plan ?
Le plan de trésorerie prévisionnel n’est pas un document figé. En phase de création ou de croissance, une mise à jour mensuelle est le minimum : elle permet de comparer les prévisions aux réalisations et d’affiner les estimations suivantes.
En cas d'événement impactant (perte d’un client, impayé important, investissement imprévu), une révision immédiate s’impose. Certaines structures suivent leur trésorerie de manière hebdomadaire selon la taille et la sensibilité du secteur.
Quelles erreurs éviter dans un plan de trésorerie ?
Construire un plan de trésorerie prévisionnel demande de la rigueur. Voici les erreurs les plus courantes et la correction à apporter pour chacune :
| Erreur | Solution |
|---|---|
| Inscrire les montants HT au lieu de TTC | Tous les flux sont exprimés en TTC, TVA nette à reverser incluse |
| Confondre date de facturation et date d’encaissement | Inscrire chaque flux dans le mois du règlement effectif, pas de la facture |
| Oublier les charges non récurrentes | Anticiper dès la construction du plan : CFE, assurance annuelle, taxe foncière, acomptes d’IS |
| Ne pas mettre à jour le plan après les premiers mois | Comparer chaque mois les prévisions aux réalisations et ajuster les estimations suivantes |
| Sous-estimer le besoin en fonds de roulement | Intégrer les délais de paiement clients dès le départ et calculer le BFR avant de construire le tableau |
💡 À savoir : un plan de trésorerie n’est utile que s’il est mis à jour mensuellement. Comparer les prévisions aux réalisations permet d’améliorer la précision des estimations et d’anticiper les prochaines tensions.
Quels outils pour créer son plan de trésorerie prévisionnel ?
Le tableur Excel : solution accessible mais limitée
Excel et Google Sheets restent les outils les plus utilisés par les TPE et les créateurs d’entreprise pour construire leur plan de trésorerie. Gratuits, personnalisables et téléchargeables immédiatement, ils permettent de démarrer rapidement sans investissement logiciel. Bpifrance Création et les CCI proposent des modèles gratuits directement utilisables.
Leurs limites sont cependant réelles : la saisie reste entièrement manuelle, le risque d’erreur de formule est élevé et aucune synchronisation bancaire automatique n’est possible. Le tableur ne génère pas d’alerte en cas de solde négatif prévu, c’est à l’entrepreneur de surveiller lui-même les chiffres.
👉 Télécharger le modèle de plan de trésorerie de Bpifrance Création
Les logiciels de comptabilité et de gestion
Les logiciels de comptabilité modernes vont plus loin qu’un simple tableur. Ils intègrent des modules de prévision de trésorerie connectés directement au compte bancaire : les flux sont synchronisés automatiquement, les erreurs de saisie manuelle sont éliminées et des alertes peuvent être paramétrées dès qu’un solde prévu devient préoccupant.
Résultat : le dirigeant dispose d’une visibilité en temps réel sur sa trésorerie, sans passer des heures à mettre à jour des colonnes Excel. Pour les TPE et PME, ce gain de temps est particulièrement significatif.
Comment Clementine vous aide à piloter votre trésorerie ?
Construire un plan de trésorerie prévisionnel, suivre ses encaissements, anticiper les tensions de fin de mois et prendre les bonnes décisions financières : autant de sujets chronophages quand on les gère seul.
L’équipe comptable de Clementine vous accompagne au quotidien grâce à :
- Une synchronisation bancaire automatique et une saisie comptable assistée par IA ;
- Un tableau de bord pour piloter vos performances et votre trésorerie en temps réel ;
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- L’établissement de votre bilan comptable certifié et de votre liasse fiscale ;
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FAQ
Quels sont les tableaux composant le prévisionnel financier ?
Le prévisionnel financier comprend généralement trois documents : le compte de résultat prévisionnel, le plan de financement et le plan de trésorerie prévisionnel. Certains business plans y ajoutent un plan de financement à 3 ans.
Sources
- Bpifrance Création - Le plan de trésorerie dans un projet de création d’entreprise
- Légifrance - Article D626-12 du Code de commerce (plan de sauvegarde)
- Légifrance - Livre VI du Code de commerce - Prévention et traitement des difficultés des entreprises
- Banque de France - Stat Info Défaillances d’entreprises, décembre 2025
- Service-Public Entreprendre - Améliorer la trésorerie de son entreprise






